Le nommage des
espèces bactériennes
ATTENTION : voir la page anglaise, plus récente, et corrigée d'après des suggestions de Jean Euzéby.
Introduction.
Avec l'arrivée des méthodes
moléculaires, l'identification des micro-organismes
(bactéries, virus, champignons et toutes sortes de
protistes) a connu une véritable
révolution, en particulier grâce à des
analyses de phylogénie moléculaire de
séquences ubiquitaires (souvent la petite sous
unité de l'ARN ribosomique).
Cette révolution a été
particulièrement bénéfique pour les
bactéries, car un organisme international vérifie
et valide les identifications et les noms attribués.
Il n'en reste pas moins que la situation n'est pas toujours claire :
- Grâce aux analyses de phylogénie, de
nombreuses espèces ont changé de nom.
- Les anciens noms sont bien sur toujours présents
dans les anciennes publications.
- Certains papiers récents (non écrits
par de "vrais" taxonomistes) utilisent un nom ancien.
- Il n'est pas toujours facile de trouver la correspondence
entre un nom d'espèce et sa séquence "correcte"
(surtout la séquence de la souche type).
- Pour une même espèce on peut disposer de dizaines de séquences, laquelle choisir ?
- Le nom de la souche n'est pas toujours indiqué dans la description de la séquence.
- Certaines séquences sont franchement mauvaises (beaucoup d'erreurs de séquençage).
- Certaines séquences sont très courtes, ou dans le "mauvais sens".
- Enfin, pire, on trouve relativement souvent des erreurs graves d'identification :
- C'est un contaminant qui a été séquencé (pas de vérification par phylogénie !!!).
- La description dit que c'est du 16S rRNA, mais ce n'est pas vrai !!!
- La taxonomie au dessus du genre reste souvent approximative.
Ce qu'il faut savoir :
- Pour qu'une espèce soit décrite de
manière "valide" :
- L'espèce doit être isolée
et cultivée (avec exception par exemple d'un
pathogène intracellulaire comme Mycobacterium tuberculosis).
- Elle doit avoir été bien
caractérisée phénotypiquement.
- Son phénotype doit présenter au
moins une différence avec une espèce
déjà décrite.
- Le nom doit respecter la syntaxe latine.
- Le nom doit avoir été
approuvé par le comité ad hoc (automatique si
publication dans IJSEM) : International Code of Nomenclature of
Bacteria (Lapage et al., 1992).
- Pour chaque espèce, on identifie une "souche
type", qui représente le modèle de
l'espèce.
- Les autres souches de l'espèce,
présentent une grande similarité de
génome, qu'on peut identifier par des courbes de
dénaturation-renaturation de leur ADN avec celui de la
souche type.
- Le résultat obtenu peut varier suivant la méthode.
- Les séquençages complets de plusieurs souches
d'une même espèce ont montré que le génome
des bactéries est consitué d'une structure en parties conservées (le squelette) et des parties
variables (les boucles) voir le site de l'INRA
à ce sujet. Dans ces conditions, on peut se demander si
certaines souches avec des grosses boucles ne sont pas exlcues
(à tort) de l'espèce.
- Dans certains cas, on décrit des
sous-espèces, si ce pourcentage de similarité est
à la limite de la règle (ou le
phénotype très différent).
- Pour chaque genre bactérien, on identifie
également une souche type du genre.
- Le nommage d'une nouvelle espèce (ou un
changement de nom) obéit à trois
règles :
- Un article dans un journal qui
décrit l'espèce ;
- La
légitimité (la description doit être
complète, obéir aux règles
établies) ;
- L'espèce ne
doit pas avoir été déjà
décrite.
Depuis le 1er Janvier
1980, la priorité est établie par la "APPROVED
LISTS OF BACTERIAL NAMES" (Skerman et al., 1980). Cette liste contient
actuellement un peu plus de 2000 descriptions.
Les noms qui ne sont pas dans cette liste ne sont pas des noms
officiellement reconnus, même si ces bactéries
sont dans des collections et très utilisées par
exemple dans des processus industriels.
Le Journal "INTERNATIONAL JOURNAL OF SYSTEMATIC AND
EVOLUTIONARY MICROBIOLOGY" (
IJSEM),
publie régulièrement des mises à jour
de cette liste, en validant des descriptions parues dans IJSEM ou
ailleurs.
Le site de
J Euzeby
permet une consultation aisée de cette liste sous forme
électronique, car Jean Euzeby fait un
énorme travail d'intégration des changements de
noms au fur et à mesure de leur publications. On trouvera
une alternative sur le site de la
DSMZ. Voir également le site de la
collection Pasteur.
Normalement les noms de
bactéries qui ne sont pas valides (pas dans la liste)
devraient être indiqués entre guillemets, mais
cette convention est rarement respectée en dehors des
journaux de tanomie.